La loi spinoziste

La loi spinoziste.


Il suffit de ne pas comprendre pour moraliser : il est clair qu’une loi que l’on ne comprend pas ne peut nous apparaître que comme une obligation ou une interdiction morale (« Il faut » ou « On ne doit pas »).

Ainsi, « Ne mange pas d’ergot de seigle » n’est à la base qu’une loi naturelle, car le rapport de l’ergot de seigle sur l’homme est décomposant, rend fou celui qui s’en nourrit. Mais celui qui ne sait pas cela comprend uniquement l’interdiction de l’objet, et en fait une loi morale : « On ne doit pas manger l’ergot de seigle », et peut importe pourquoi …

Conséquemment, la loi morale a tellement compromis la loi de Nature que le penseur s’abstiendra à l’avenir de confondre les deux, en ne parlant plus que de vérités éternelles. Il est aisé de séparer les deux domaines, celui des vérités éternelles de Nature et celui des lois d’institution, ne serait-ce que par leurs effets.

La loi morale est un devoir : elle n’a pas d’autre effet, pas d’autre finalité que l’obéissance. Il se peut que cette obéissance soit indispensable, il se peut que les commandements soient bien fondés. Ce n’est pas la question.

La loi, morale ou sociale, ne nous apporte aucune connaissance, elle ne fait rien connaître.
Au pire, elle empêche la formation de la connaissance (la loi du tyran).
Au mieux, elle prépare la connaissance et la rend possible (loi d’Aristote et de Christos).
Entre ces deux extrêmes, elle supplée à la connaissance chez ceux qui n’en sont pas capables.

Mais de toute manière, ne cesse de se manifester une différence de nature entre connaissance et morale, entre le rapport commandement-obéissance et le rapport connu-connaissance.

Le drame de la théologie aristotélicienne, sa nocivité, viennent de la confusion pratique qu’elle nous inspire entre ces deux ordres différant en nature : l’histoire d’une longue erreur où l’on confond le commandement avec quelque chose à comprendre, l’obéissance avec la connaissance elle-même, la transcendance subjective avec l’immanence absolue.

La loi morale, c’est toujours l’instance transcendante qui détermine l’opposition des valeurs Bien/Mal, tandis que la connaissance, la loi spinoziste, la vérité éternelle, c’est toujours la puissance immanente qui détermine la différence qualitative du bon et du mauvais.

La vérité éternelle spinoziste écrira : « Il est dangereux pour la plupart des humains de se nourrir d’ergot de seigle ».

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